Entries from September 2, 2007 - September 8, 2007
Navigation de Terre Neuve au Nunavut
Peu de trafic maritime à l’exception de quelques bateaux de pêches. Les quarts de veille sont de quatre heures, par équipe de deux.
En dehors des quarts nocturnes, l’équipage féminin assure les repas alors que l’équipage masculin s’occupe de mécanique !
Nous croisons nos premiers icebergs quatre jours après avoir quitté Terre Neuve.
D’abord, ils apparaissent au loin, très petits. Certains sont repérables à l’œil nu à plus de 12 milles nautiques, telle une minuscule tâche blanche au bout de l’horizon. Ensuite, l’attente, l’impatiente de les voir, de les découvrir. L’approche prend un temps fou. De touts petits, ils grossissent lentement pour enfin atteindre la taille d’un immeuble de plusieurs étages pour certains. On est sans cesse surpris par leur taille. Evaluer la masse de glace est un exercice difficile pour les novices.
Quand il fait jour, on les voit de loin, la nuit, c’est le radar qui prend le relais.
Quarts de veille et vigilance sont de mises dans la région car heurter un mastodonte de glace ou bien même un de ses petits satellites peu endommager, voire couler le bateau.
Il y a eu de nombreux accidents cette année au sein des bateaux de pêche, de nombreuses interventions de sauvetages car la glace est anormalement présente dans la mer du Labrador.
Chaque année, les icebergs sont de plus en plus nombreux mais cette année, d’après les témoignages, est la pire de toute. Cela serait une des conséquences du changement climatique.
Nous avons intentionnellement poussé avec l’étrave du bateau ce que je pensais être de minuscules glaçons. Le bruit sur la coque est fort, très fort comme si nous heurtions de grosses billes de bois ! La densité des glaçons est étonnante, effrayante. Bon apprentissage ! Conclusion : se tenir à l’écart… le plus possible.
Des centaines d’îles, des passages plus ou moins, voire pas du tout cartographié, des fiords qui n’en finissent plus de s’enfoncer dans les terres, de la toundra, des forêts …
C’est somptueux. Une impression de liberté fantastique, que tout est encore possible. On oublie l’homme. La nature s’impose, ses lois aussi.
La route la plus proche est loin… plusieurs centaines de kilomètres.
Il y a quelques petites communautés le long de la côte, dont le nombre n’excède pas 1200 personnes pour la plus grosse. Uniquement desservies par voie maritime de juin en septembre et par vol quotidien quand la météo le permet ! Des communautés mixtes, composées d’Indiens, d’Inuits et de blancs.
Notre première escale civilisée sera à Makkovik, une pêcherie. La pêche au crabe des neiges bat son plein. Les bateaux partent pour des campagnes de trois ou quatre jours, à 120 mille au large puis reviennent les cales pleines de plusieurs milliers de tonnes. En quelques heures, la précieuse cargaison encore vivante est débarquée puis cuisinée et congelée.
Nous avons la surprise de trouver à Makkovik un travel lift* à un prix défiant toute concurrence. Dernière occasion de mettre le bateau au sec pour remplacer les joints des arbres d’hélices endommagés par des filets de pêches dérivants du Golf de Gascogne !
Les algues sont aussi gigantesques que le pays, plusieurs mètres de long et très épaisses. Elles sont si robustes que les hélices du bateau font un bruit de hachoirs de viande lorsque nous passons dessus.
Outre Makkovik, Davis Inlet et Nain, la dernière communauté de la côte du Labrador, nous avons fait des haltes sauvages en échouant le bateau sur les plages.
La première question qui nous vient à l’esprit concerne la mère : Où est la mère ?
Cela nous nous fait prendre immédiatement conscience du danger qu’il peut y avoir à débarquer les mains dans les poches. Nous n’avons ni chien pour donner l’alarme, ni fusil pour nous défendre, seulement quelques fusées de détresse faisant parti du matériel de sécurité du bateau !
Je dois dire que les promenades ou les cueillettes de baies sauvages ne sont pas aussi relaxes qu’initialement imaginées.
Toujours plus Nord…
Le passage du détroit de la Baie d’Hudson se fait en plein jour et par calme plat. Des nappes de brouillards se forment soudainement et disparaissent aussi vite.
Nous voyons apparaître progressivement les côtes de la Terre de Baffin.
Le relief est moins abrupt que celui du Labrador.
Nous entrons dans la baie de Frobisher, longue d’environ 150 milles nautiques. Un majestueux glacier sur la rive Sud descend vers la mer.
Plus loin, un petit iceberg ou devrais-je dire un gros glaçon avec, au-dessus, une tache sombre. Un jeune phoque. Nous approchons doucement, il ne bouge pas, il se laisse photographier. Nous repartons.
Des phoques, des icebergs, des oiseaux, un ciel gris, la température de l’eau de mer est à 0°. A certains endroits, des bouillonnements d’eau dus au courant de marée. Des îles, encore et toujours. De petit fiords aussi. Calme plat. Beau coucher de soleil en fin de journée. Premiere aurore boréale.
Nous arrivons à Iqaluit le 2 septembre, vers 23h. L'approche de nuit est très facile grâce au balisage lumineux, géré par la Garde Côtière.
Nous sommes un peu tendus car nous avons perdu l'après-midi même notre mouillage (ancre et chaîne) de façon très bête.