Entries from October 28, 2007 - November 3, 2007
Le Whispergen, enfin!
Baromètre : 1017 mb
Ciel : nuageux, plafond bas, neige passagère
Vent : NE 15 nd
Température extérieure : -5.7°
Indice de refroidissement du vent : -8°
Température timonerie : 7.5°
Température cambuse : 11.1°
Température cabine avant : 8°
Température passerelle : 15°
Température chambre des moteurs : 6.4°
Consommation fuel : 16 litres /24h
Chauffage : cuisinière Dickinson, niveau 2
Pendant qu'il neige et qu'Ika fait le dos rond, j'ai décidé de compléter l'installation du très fameux Whispergen dont on attend des miracles. Peu de gens connaissent ce nouveau type de co-génération et je vous donne ici le lien vers la societé pour mieux comprendre ce qu'est un moteur Stirling.
Descendu dans la chambre des moteurs quelques jours avant de quitter La Rochelle , le WhisperGen n'a jamais été vraiment installé ni démarré. C'est une machine de haute précision et chaque détail compte. L'installation doit être parfaite pour une utilisation sans soucis, dixit Dinco Van Dvorsel, l'importateur européen qui est lui-meme venu nous l'apporter de Hollande et qui a passé deux jours à m'expliquer tous les détails de fonctionnement.
L'intérêt d'une telle machine? Elle produit 33 Amps en 24V et 7kW de chaleur... en silence et ne consomme que 0.75 litre. Ce n'est pas un moteur classique, donc pas de vérification et changement d'huile, pas de vibration, une propreté totale. Un entretien limité à une heure toutes les 600 heures. Une très grande sécurité d'utilisation. Le diesel est brûlé avec une efficacité de 92%, ce qui la place en haut
du podium de l'écologie.
Les désavantages? Je vous les dirai dans quelque temps!
A chaud, le premier: il faut prêter beaucoup d'attention à l'installation: aucun "bricolage" n'est permis. Le second, le WhisperGen ne produit qu'1 Kw d'électricité (mais en continu), ce qui oblige à repenser entièrement la gestion du bord. C'est une autre manière de voir les choses. Nous avons à bord une tres grosse réserve de stockage, 1400 Ampères en 24V sous la forme de batteries 2V (plus d'une tonne de plomb, ça fait du lest utile). Il faut apprendre à gérer l'électricité un peu comme la gestion de l'eau à bord. Il ne s'agit plus de tourner la clef du classique générateur quand on a besoin de puissance, un peu comme on fait à la maison sans vraiment se soucier de la consommation de chaque objet branché. Cela ne veut pas dire que l'on n'a pas de puissance (nous avons par exemple des plaques de cuisson à induction qui consomment 3,5 kW) mais qu'il vaut mieux apprendre à compter ce qui sort et ce qui rentre, un peu comme avec une réserve d'eau et un desalinisateur.
Mais pas aujourd'hui car je me sens un peu a plat. J'ai eu la chance de me faire bien aimablement vacciner contre la grippe par l''AFN', Association des Francophones du Nunavut, lors du lunch organisé tous les vendredis. Et du coup, aujourd'hui, me voilà un peu dans les nuages. Je me suis dit que dans une si petite communauté qui vit surtout à l'intérieur, si une seule personne arrivait avec la grippe, il y avait beaucoup de chance que tout le monde l'attrape. Et j'ai l'impression que je ne peux pas me le permettre. Je serai bientôt l'ermite de la baie et bien seul si je dois manœuvrer ou agir d'urgence. Je deviens sage, non? Je pense surtout que je vis assez éloigné du monde et que mon système immunitaire va s'affaiblir. L'autre bonne raison, c'est que je n'ai pas de ce bon rhum de Martinique à bord, bien utile pour faire des remontants au miel, citron et cannelle. Ca serait une grippe triste et je n'en veux pas.
Journée noire
Non, pas de casse. J'ai simplement décidé de prendre en main deux problèmes récurrents: le gel de la tuyauterie d'évacuation des eaux grises (cuisine) et surtout le problème d'excès de suie de la cuisinière diesel.
Pour la premiere partie, pas de problème. J'ai fait chauffer 10 litres d'eau et j'ai méthodiquement arrosé les tuyaux bloqués par le gel. L'eau brûlante permet un transfert important de chaleur et j'ai pu faire fondre la glace accumulée dans les tuyaux. Je les ai séchés et recouverts d'isolant. J'ai ensuite installé une vidange au point bas, juste après la pompe manuelle, ce qui permet de vider le tuyau après chaque utilisation. Ce dernier restant sec, il ne gèle pas. Du moins en théorie, on va voir dans quelques jours.
Pour la seconde, l'horreur s'installe a bord. J'ai du démonter les tuyaux du poële et là, surprise: toute la suie accumulée s'envole dans le bateau. Il me faut ensuite démonter chaque élément pour le repositionner. Je m'aperçois qu'au premier montage, deux colliers ont été trop serrés et qu'ils ont comprimé le tuyau au point de le réduire de diamètre de maniere importante. Ensuite, je change les coudes pour ne pas avoir plus de 45 degrés d'angle dans la montée. C'est sale, c'est noir, c'est déprimant.
J'ai du passer près de trois heures entières à tout nettoyer. Les mains brûlées a l'eau de Javel, les pieds gelés: la température est tombée à 6° à l'intérieur. Il y eu de meilleurs jours. Il semblerait malgré tout que j'ai reussi à modifier le comportement de la cuisinière. Au redémarrage, la flamme est plus claire, plus franche. Le tirage est indéniablement supérieur, plus régulier. À observer de près... demain.
Pas d'image? Je n'ai pas osé toucher à l'appareil photo avec des mains si noires... demain.
Par ailleurs, la glace se durcie d'heure en heure, la température étant tombée à -12°. Balade courte pour Ika, au milieu d'un chaos de glaçons arrivés avec la dernière marée. Elle adore ça, c'est un jeu de sauter d'un bloc à l'autre. Moi je me tord les chevilles tous les trois pas. On dirait qu'elle a un petit sourire de satisfaction et ça m'énerve un peu. Garder son calme, attendre demain.
Eau douce difficile
Ce matin, j'avais besoin d'eau. Résevoirs secs, il faut faire le plein. Évidement, ici, rien n'est vraiment facile. Mathieu, toujours présent, trouve un pick-up et un réservoir. Nous faisons le plein à la station des pompiers qui m'aident avec le sourire. Retour au bateau: la glace est trop dense pour approcher. En Helicoptere?
Non, finalement, ce sera à la main avec des jerricanes de 25 litres.![]()
Mathieu me véhicule sur les routes d'Iqaluit et nous nous apercevons que la neige est là pour rester: le blanc a envahi Iqaluit pour de nombreux mois.
Les marées sont de glace plus que d'eau pour l'instant et
malgré tout, le dernier brise-glace des gardes-côtes est toujours présent: leur sens du devoir est impressionnant.
Pour vous donner une idée de la rapidité du changement de lumière, toutes ces
photos ont été prises ce mercredi 31 octobre entre 07h00 et 15h00.
Dernier lavage
Baromètre : 1015 mb
Ciel : nuageux, neige passagère
Vent : SE 25-30 nd
Température extérieure : -1.1°
Indice de refroidissement du vent : -7°
Température timonerie : 12.6°
Température cambuse : 14.1°
Température cabine avant : 9°
Température passerelle : 19°
Température chambre des moteurs : 10.4°
Consommation fuel : 13 litres /24h
Chauffage : cuisinière Dickinson, niveau 2
Le week-end a été agité: samedi soir, invitation au bal d'halloween, "en ville". Dimanche soir, visite de trois amis Francophones et bon repas du soir, lundi re-visite de Mathieu qui vient m'apporter deux magnifiques steaks à déguster. Mathieu, arrivé la veille de Montréal et voulant découvrir ce qu'est une nuit dans un bateau, reste à bord. Le vent s'étant levé, il va apprécier les mouvements!
Mardi matin, la température est remontée subitement pour frôler les -1 degré. Je profite de l'occasion pour laver une dernière fois le bateau qui en a besoin. Si proche de l'aéroport, Aurora a été plusieurs fois noyée dans les bourrasques de poussière provoquées par les réacteurs.
La pompe électrique est gréée et puise de l'eau de mer sous la glace flottante. C'est limite ; le jet givre en touchant les parois métalliques mais on arrive à faire un vrai dernier lavage à l'eau de mer. Il n'y aura pas de rinçage, l'eau douce gèlerait immédiatement. Un vrai plaisir et Mathieu prend en charge énergiquement le brossage. Je l'enremercie encore car ce n'est pas facile et on est vite congelé à jouer avec l'eau. Cette saute de température est due à une dépression qui passe dans le sud. Dès demain mercredi, des températures normales pour la saison sont prévues : -12°.
Sur la dernière photo,
on voit clairement ce que l'on appelle un film graisseux: Il s'agit de glace fondue d'une très fine épaisseur, quasi transparente. C'est malgré tout suffisant pour calmer instantanément la houle et les petites vagues qui déferlent avec 25 noeuds de vent de sud-est.
J'ai fait reculer le bateau de 20 mètres environ pour pouvoir sortir plus facilement de cette crique aux prochaines grandes marées. A ce moment là, il sera temps de rejoindre le milieu de la baie pour hiverner. L'échouage dans la glace est de plus en plus difficile. Au moment de toucher, certains glaçons s'intercalent sous la coque et font gîter le bateau de manière totalement aléatoire et donc différente à chaque marée. Bientôt je ne flotterai plus pour 15 jours environ. J'espère que le dernier échouage ne sera pas à 20 degrés sur un bord, la vie n'en sera pas facilité.